12/06/2026
Lire l’article détaillé de L’Oeil du Sahel sur le tracé du chemin de fer Ngaoundere-Ndjamena paru dans l’édition du 12 juin 2026.
Chemin de fer Ngaoundéré-Ndjamena.
Paul Biya valide le tracé Ngaoundéré – Kousseri – Ndjamena
Par Raoul Guivanda
Le président de la République, Paul Biya, a arrêté le choix du Cameroun sur l’itinéraire du futur chemin de fer devant relier Ngaoundéré à Ndjamena. Selon un document consulté par L’Œil du Sahel, le chef de l’État a opté pour le tracé dit de la « ligne Ouest », une option qui privilégie la desserte des principaux pôles urbains du Septentrion et renforce l’axe de transport Nord-Sud.
Depuis mai 2025, le dossier relatif au choix du tracé du projet de construction de la ligne ferroviaire Ngaoundéré-Ndjamena était sur la table du président de la République. Réalisée par le cabinet Canadian Pacific Consulting Services (CPCS) et son associée sud-africaine ZUTARI pour un montant de 3,2 milliards de FCFA, l’étude de faisabilité présentait trois options de tracé. Celles-ci étaient détaillées dans une correspondance adressée le 7 mai 2025 par le ministre des Transports au ministre d’État, secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh.
La première option, dénommée « ligne Ouest », relie Ngaoundéré à Ndjamena en passant par Garoua, Maroua et Kousseri. Elle couvre une distance de 817 km, dont 786,4 km sur le territoire camerounais contre seulement 30,6 km au Tchad. L’investissement requis est estimé à 4 079,3 milliards de FCFA.
La deuxième proposition, appelée « ligne Centrale », affiche un linéaire de 997 km. Elle partirait de Ngaoundéré pour rejoindre Garoua puis Figuil avant de bifurquer vers le Tchad et traverser les villes de Léré, Pala, Kélo et Bongor avant d’atteindre Ndjamena. Cette option est évaluée à 4 367 milliards de FCFA et comprend 440,5 km de voie ferrée au Cameroun contre 556,5 km au Tchad.
Le troisième tracé, désigné sous l’appellation de « ligne Est », s’étend sur 842,6 km. Il relierait Ngaoundéré à Ndjamena via les villes tchadiennes de Koutéré, Moundou, Kélo et Bongor pour un investissement estimé à 2 584,4 milliards de FCFA. Dans ce scénario, le réseau ferroviaire couvrirait seulement 274 km en territoire camerounais contre 568,6 km au Tchad.
Le ministre des Transports, Jean Ernest Masséna Ngallè Bibéhè, a fait part à son homologue tchadienne, Mme Fatima Goukouni Weddeye, du choix du chef de l’Etat. «J’ai l’honneur de vous faire connaître que le président de la République du Cameroun a porté son choix sur l’itinéraire Ngaoundéré-Garoua-Maroua-Kousseri-Ndjamena (ligne Ouest), pour le projet de prolongement de la voie ferrée entre le Cameroun et le Tchad. », lui écrit-il dans une correspondance dont L’Œil du Sahel a obtenu copie.
Datée du 8 juin 2026, cette correspondance répond à une requête formulée par la ministre tchadienne des Transports qui, le 6 novembre 2024, avait sollicité la notification officielle du choix du Cameroun concernant le prolongement de la ligne ferroviaire entre Ngaoundéré et Ndjamena. Depuis lors, les autorités tchadiennes attendaient la position définitive de Yaoundé.
Avec cette décision, Paul Biya privilégie l’option qui permettrait, à terme, de relier par rail Douala à Kousseri. « C’est un choix qui consacre avant tout l’intérêt national en ce sens qu’il va fluidifier les échanges entre le Nord et le Sud tout en stimulant l’activité économique », explique Abicho Mahamat, opérateur économique à Kousseri.
Pour de nombreux observateurs, le chef de l’État reste ainsi cohérent avec ses engagements antérieurs. Lors des campagnes présidentielles de 2011 et de 2018 à Maroua, Paul Biya avait en effet indiqué que le futur réseau ferroviaire serait prolongé jusqu’à Kousseri.
Contre-proposition tchadienne
La bataille est toutefois loin d’être terminée pour la partie camerounaise. « Il faudra négocier fermement avec les Tchadiens, qui sont déjà engagés dans une recherche de financements. On peut difficilement imaginer qu’un pays mobilise autant d’efforts pour ne bénéficier au final que d’une trentaine de kilomètres de voie ferrée », confie une source proche du dossier au ministère des Transports.
Selon plusieurs sources informelles, le Tchad devrait proposer l’ouverture d’un dialogue en posant sur la table le tracé de la « ligne Est », avec pour objectif final de favoriser l’adoption de la « ligne Centrale ». « C’est la ligne par excellence.
Son linéaire est de 997 km, répartis entre 440,5 km au Cameroun et 556,5 km au Tchad. Elle conserve également une attractivité économique comparable à celle de la ligne Ouest », soutient notre source à Ndjamena.
Il reste que si la « ligne Centrale », qui relierait Ngaoundéré à Ndjamena via Garoua, Figuil, Léré, Pala, Kélo et Bongor, devait finalement être retenue, le Cameroun devrait envisager à ses propres frais une extension ferroviaire vers Kousseri.
Une telle option représenterait environ 300 km supplémentaires de voies ferrées à construire et des centaines de milliards de Fcfa à mobiliser.
En attendant les conclusions des discussions qui devraient prochainement s’ouvrir entre les parties camerounaise et tchadienne, ce dossier, longtemps resté en veilleuse, ravive les espoirs de désenclavement et d’intégration économique dans le Septentrion camerounais comme au Tchad.
Avec nos confrères du Journal camerounais l'Œil du Sahel