04/09/2024
La petite Lila, âgée de deux ans, avait les yeux rivés sur l'homme à l'appareil photo. Il était assis sur un tabouret, son objectif pointé vers elle, et elle le fixait avec une intensité qui aurait pu faire fondre le métal. Il souriait, essayant d'attirer son attention, mais elle restait immobile, comme une statue miniature.
L'homme, un photographe professionnel, s'appelait Molare. Il avait l'habitude de photographier les enfants, mais Lila était différente. Elle n'était pas espiègle, ni timide, ni même curieuse. Elle était comme une petite sphinx, ses yeux noirs perçants et son visage impassible.
Molare avait essayé tous les trucs de son répertoire : des grimaces amusantes, des jeux de mots, des promesses de bonbons. Rien n'y faisait. Lila ne bougeait pas d'un pouce. Elle semblait observer le monde à travers l'objectif, comme si elle tentait de percer un secret caché derrière le métal froid.
Finalement, Molare abandonna. Il baissa son appareil, déçu mais aussi intrigué. Il s'approcha de Lila, s'agenouillant à sa hauteur.
"Tu sais, petite, tu peux regarder ailleurs si tu veux," dit-il doucement. "Je ne te mangerai pas."
Lila le regarda, ses yeux noirs brillants d'une intelligence inattendue.
"Je regarde l'appareil," dit-elle enfin, sa voix douce comme un murmure. "Il me regarde aussi."
Molare sourit. Il avait l'impression d'avoir été percé à jour. Il avait toujours pensé que c'était lui qui contrôlait l'objectif, mais Lila lui avait montré qu'il n'en était rien. L'appareil était un miroir, et Lila, dans son regard intense, reflétait le monde tel qu'elle le voyait.
Il reprit son appareil, mais cette fois, il ne chercha pas à la faire sourire. Il la laissa être, la laissant regarder le monde à travers son objectif, et il captura ce moment, ce regard intense qui semblait contenir l'éternité.
Le portrait de Lila, une petite fille fixant un photographe, devint sa photo préférée. Elle lui rappelait que parfois, il était mieux de laisser le sujet choisir son propre angle de vue, et que la vérité se trouvait souvent dans les regards les plus intenses.