15/02/2026
Discours pour la fête de la jeunesse – 11 février
Mesdames, Messieurs, chers jeunes,
Aujourd’hui, nous célébrons la jeunesse. Ce mot, « jeunesse », évoque tant de choses : l’élan, le rêve, l’impatience, cette force intérieure qui pousse à vouloir tout connaître, tout embrasser, tout vivre. Et c’est bien ainsi. La jeunesse est cette saison de la vie où tout semble possible, où l’horizon est immense et où l’on croit que le monde nous attend.
Mais permettez-moi, en ce jour qui est le vôtre, de vous parler avec la gravité et la tendresse de quelqu’un qui vous regarde avancer et qui souhaite vous voir aller loin, très loin, et heureux.
Vous avez des ambitions, vous faites des projets. C’est normal, c’est même magnifique. Mais sachez-le : un projet, ce n’est pas seulement une idée. C’est un engagement. C’est un train que vous mettez sur des rails. Et une fois lancé, ce train vous emmène. La question est : où ? Êtes-vous sûrs du chemin ? Avez-vous choisi la destination, ou vous êtes-vous simplement laissé séduire par la vitesse et le bruit du départ ?
Il y a dans la vie une loi silencieuse mais absolue : chaque désir, chaque pensée, chaque choix est une semence. Et ce que vous récolterez demain, c’est ce que vous aurez semé aujourd’hui. Si vous semez la domination, la méfiance, la soif de pouvoir à tout prix, ne vous étonnez pas de récolter la solitude, la dureté, et peut-être un jour l’amertume. Si vous semez l’argent comme seul horizon, ne soyez pas surpris que votre cœur reste vide. Mais si vous semez le bien, si vous décidez – même sans garantie, même sans reconnaissance immédiate – d’être utile, de servir, d’aimer, alors vous récolterez ce qui ne s’achète pas : la paix intérieure, le respect, l’affection vraie. Et cela, personne ne pourra vous le voler.
Je sais ce que certains d’entre vous pensent : « Nous voulons faire nos propres expériences. Nous ne voulons pas qu’on nous dicte notre vie. » Je vous entends. Mais laissez-moi vous poser cette question : lorsqu’on construit une fusée pour explorer l’espace, passe-t-on des années à calculer, à tester, à prévoir le moindre détail ? Oui. Et personne ne trouve cela inutile. Personne ne dit aux ingénieurs : « Allez-y, lancez-la sans préparation, vous verrez bien ! » Alors pourquoi, quand il s’agit de votre vie – cette fusée qui doit vous emporter vers votre propre ciel – tant d’entre vous acceptent-ils de décoller sans carburant, sans trajectoire, sans vérifier un seul instrument ?
Vous voulez connaître la vie ? Je vous comprends. Mais sachez qu’il y a deux manières de la connaître. L’une consiste à se jeter dans toutes les expériences, à boire jusqu’à la lie, à se brûler jusqu’à n’être plus que cendres. Et l’on appelle cela « avoir vécu ». Mais l’autre manière, plus rare, plus exigeante, consiste à lire, à écouter, à observer, à comprendre sans toujours subir. La littérature, l’histoire, la philosophie, la parole des sages vous offrent des milliers de vies à explorer. Pourquoi vouloir absolument tout expérimenter par soi-même, quand tant d’autres ont déjà payé le prix de ces leçons ?
Je ne vous demande pas de renoncer à la vie. Je vous demande de ne pas la gaspiller. Gardez votre fraîcheur. Gardez votre joie. Gardez cette lumière dans vos yeux. Elle est précieuse. Ne la laissez pas s’éteindre dans des nuits sans lendemain.
Ce que je vous souhaite, ce n’est pas une vie sans difficultés – elles sont inévitables. Ce que je vous souhaite, c’est de ne pas ajouter à ces difficultés celles que vous auriez pu éviter par un peu de discernement. Ce que je vous souhaite, c’est de choisir dès aujourd’hui des rails qui mènent à l’harmonie, à la générosité, à la beauté. Ce que je vous souhaite, c’est de devenir des hommes et des femmes dont on dira, non pas : « Ils ont réussi », mais : « Ils ont été bons. Ils ont été justes. Ils ont été libres. »
Car la vraie liberté, mes amis, n’est pas de pouvoir tout faire. Elle est de pouvoir choisir ce qui est digne de vous.
Je vous remercie. Et joyeuse fête de la jeunesse.
Le-Bantou